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Voyager seule en Inde - Voyage Inde - Kérala Inde du Sud - Cap Comorin - Train à Bombay - Car Inde - Seule à Bombay - Goa - Les Backwaters du Kérala

ART. N° 32. PASSION ET MOUSSON.

Je contemple du restaurant en centre ville le trafic habituel, son grondement sauvage, la multitude agressive des voitures et des autobus qui se trainent vers le carrefour en exhalant leurs gaz d’échappement.

A présent le crépuscule est peuplé d’oiseaux fuyant l’obscurité et des chauves-souris accueillent la nuit. Je les regarde voleter, à droite, à gauche, se heurter à l’obstacle des câbles. Sur fond du ciel, les antennes de télévision et de radio, les lignes de téléphone et les fils électriques forment un enchevêtrement chaotique. Cette prolifération folle de câbles, zigzaguant entre les immeubles, enjambant les rues au hasard, s’enroulant n’importe comment autour des arbres, grimpant ivres jusqu’aux toits. Cette propagation délirante semble avoir pris toute la ville dans ses rets.

Les rues sont un piège mortel. Les trottoirs sont défoncés, les piétons doivent se mesurer aux véhicules en tout genre. A chaque instant, nous risquons notre vie sur ces chaussées meurtrières. Il y a des blessés et des morts continuellement. L’attente peut être longue afin de traverser sain et sauf la rue où doivent passer une douzaine de véhicules.

Flânant parmi rues et ruelles, j’observe les maisons et les bâtiments où le climat tropical à effectuer son œuvre de destruction et de ruine, ils ont subis maintes moussons avec leurs cortèges de moiteur, de champignons luxuriants, de moisissures bigarrées, ont concouru à la décomposition et à la désintégration. Ce n’est certes pas un tableau très reluisant de Calangute, mais en prenant ses marques dans cet environnement, on comprend mieux les difficultés qu’engendre le climat sur les habitations et aussi pourquoi ils s’empressent de bâcher leurs logements.

Le propriétaire de ma nouvelle Guest fini d’installer des bâches bleues à toutes les fenêtres et terrasses, cela m’inquiète, espérant qu’il ne va pas également camoufler la mienne, pour la vue panoramique, plus rien à voir..

Le lendemain, Steven m’adresse un court message sur mon téléphone pour localiser mon nouveau logement. Trois quart d’heure plus tard, le téléphone bip, le message sms réclame plus d’infos, ma Guest House reste introuvable.

Vêtue de ma nouvelle robe, de jolies chaussures à talons, maquillée, je vole à la rencontre de mon amant, lorsque des nuages de la mousson lâchent leur fardeau de pluie. Malgré les averses régulières, la pluie de mousson nous surprend fréquemment. Mes longs cheveux blonds et mon maquillage dégoulinent sur les joues et la silhouette de mon homme se dessine au loin. Sur mes hauts talons glissant, je trottine jusqu’à lui, mon bel anglais me prend dans ses bras sous le déluge, je respire l’odeur des joues fraîches d’homme mouillé, sa bouche contre ma bouche avec un goût d’eau de pluie parfumée de patchouli. Sous une avalanche de liquide, main dans la main, nous gagnons la Guest House au moment où les rues se transforment en rivières.

Trempé jusqu’aux os, il entre dans la chambre, déchausse ses boots et enlève pantalon et tee-shirt. De toute sa hauteur, il se laisse tomber sur le lit, agacé par ce déluge, de s’être égaré, cherchant pendant une heure ma Guest House. Il reste étendu sur le lit un long moment, un silence s’installe. Je l’observe sans mot dire, que faire, sinon qu’attendre que Monsieur se calme ? L’abandonnant à son repos, mes yeux clairs contemplent la mer. Au-dessus de l’océan, les arcs-en ciel percent de loin en loin les trombes de la mousson.

Une heure plus tard, Steven se lève sortant de son sac à dos coca, rhum indien et grignotages. La pluie a cessé aussi subitement qu’elle a commencé, nous nous installons sur la terrasse. Le soir venant, le soleil disparait derrière les nuages de la mousson qu’il ourle d’un fil d’or. Nous bavardons jusqu’à une heure avancée de la nuit. Petit à petit mon anglais progresse mais Steven corrige d’un ton sévère mes erreurs d’élocutions en poussant un gémissement de lassitude.

Peu à peu son caractère se révèle, déjà légèrement malcommode, je m’interroge. Cependant nos ébats amoureux sont intenses et riches de sensualités, je n’ai pas vécu de telles sensations depuis si longtemps.
A-t-il des sentiments identiques aux miens ?

La prochaine quinzaine il ne viendra pas, recevant une amie française. Elle travaille également pour l’International Animal Rescue, parle un anglais très fluide, bla bla bla. Je ne le voyais pas de cet œil-là, mais dans ces conditions que dire ?
Peut-être que nous avons besoins de temps et d’espace pour arriver à un déclic plus significatif. Cela repousse notre prochaine rencontre à un mois !

Bon an mal an, j’essaie de rester positive, Cyril m’estime bientôt prête pour passer mon examen de massage ayurvédique, ainsi je resterai concentrée sur cette épreuve que j’appréhende avec stress.

Cette après-midi, en rentrant du centre, mon proprio abrite ma terrasse de bâches bleues. C’est compréhensible, face à la mer, les rafales de vent et de pluie sont beaucoup plus vives qu’à l’intérieur des terres. Jamais mon imagination ne présagerait le bouleversement de ce paysage à ce point. Désormais régénérée au contact de la nature reverdie, la chaleur est moins écrasante sauf lorsque la pluie coule à flot, et que le soleil se met à déferler, les flaques d’eau s’évaporent du sol, un vrai sauna.

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