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Voyager seule en Inde - Voyage Inde - Kérala Inde du Sud - Cap Comorin - Train à Bombay - Car Inde - Seule à Bombay - Goa - Les Backwaters du Kérala

ART. N°14 . 1 ère partie. L'autocar pour Goa

C'est le départ de Bombay dans quelques heures, je prends un nouvel envol pour Goa. Déjà, des images d'eaux azurées et de sable blanc, envahissent mes pensées me voyant somnoler à l'ombre des cocotiers et barbotant dans les vagues.

Au bureau de Swami, des touristes attendent leurs billets et/ou tickets. Mon ami est déçu, il ne peut pas m'accompagner à la gare routière. Il me serre dans ses bras comme un ami de toujours alors que Bishal emmène mes bagages pour rejoindre un taxi qui nous conduira à la gare routière.
L'auto est trop petite pour contenir nous-même et les bagages, le chauffeur de taxi est obligé de ficeler ma guitare sur le toit, me voyant froncer les sourcils, il rajoute une petite ficelle. Bishal négocie le prix de la course avec un chauffeur dont le taxi n'a pas de compteur. Le chauffeur énervé passe brutalement les vitesses.

Sur la banquette arrière, je m'intéresse surtout au violent tremblement de la fenêtre en partie ouverte. La poignée manque, aussi ne peut-on ni monter ni descendre la vitre. La litanie entre le chauffeur et Bishal réussit à me distraire du claquement de la fenêtre. Arrivés à la gare routière, le chauffeur de taxi démarre en trombe et fait un brutal demi-tour.

La gare routière se situe dans un quartier pauvre, modeste et poussiéreux, sur actif et surpeuplé. Des entrepôts croulants dont la toiture fuie, des immeubles dont les escaliers branlants et les balcons vacillants ont été retapés, passant du sordide et inhabitable à un état tout aussi sordide mais temporairement habitable. Des logements de fortune se dressent au-dessus de vieilles boutiques crasseuses et des mansardes.

Sur des trottoirs sordides, des effluves de poubelles, des individus traînant urbi et orbi, mal vêtus et sales. A l'arrêt des autocars, pas de guérite pour s'abriter du soleil, pas de banc pour s'assoir, mes chevilles enflées et mes pieds me lancent.

Dans la foule de badauds en haillons qui encombrent la gare et des multiples autocars, je peine à rester debout. Un jeune homme surgit, d'une maigreur ahurissante qui paraît plus fragile qu'un roseau, aimable et souriant, m'apporte une vieille chaise de jardin en plastique.
Quel soulagement ! Je joins les mains en prière pour le remercier et il disparaît dans la foule.

L'autocar, a une heure de retard, c'est assez fréquent en Inde. A ma grande surprise Swami arrive, enchantée de le voir une dernière fois. Nous nous trouvons en plein soleil, sur le chemin d'un dabbawala attardé qui fend la foule en petit trot, sa pile de boîtes-repas en équilibre sur la tête. Une rafale de vent absorbe la sueur qui lui coule sur le visage et l'expédie dans notre direction. Instinctivement, je me protège le visage avec mon sac.

Et encore, ça n'est rien, dit Swami. Un jour j'ai dû prendre le train vers onze heures du matin. C'est l'heure des dabbawalas. Ils sont censés ne monter que dans le wagon à bagages, mais certains montent dans les compartiments voyageurs. Bourrés à craquer, et cette odeur de sueur !

Ma chemise commençait à être trempée, et devine d'où ça venait ? Un dabbawala. Debout au-dessus de moi, se tenant à la barre, ça tombait de son aisselle nue : ploc, ploc, ploc.
Je lui ai dit gentiment : "bougez un peu, s'il vous plait, ma chemise est trempée". Mais pas de réaction, exactement comme si je n'existais pas ! Alors j'ai vu rouge. Je me suis levé pour lui montrer ma chemise, et devine ce qu'il a fait ! Devine
- Quoi ?
- Il s'est glissé à ma place !

Enfin l'autocar arrive. Sur le conseil de mon ami, deux places couchettes ont été réservées au fond du car. Ainsi, grâce aux deux petites fenêtres des côtés, un petit courant d'air me permettra de ne pas souffrir de la chaleur, de plus, personne ne me dérangera au fond du car. Sur la double couchette, il y a suffisamment de place pour ma guitare, elle ne sera pas reléguée dans la soute.

Swami monte dans le car pour s'assurer de mon installation. Il m'étreint une dernière fois et Bishal m'embrasse comme du bon pain sur la joue. Emue et accablée de quitter mes premiers amis indiens, je pars pour douze heures de voyage.

Dans ce car, que des autochtones, pas de touristes. Sur les couchettes, des Indiennes et leurs enfants sages s'installent confortablement. Une femme âgée, ridés, aux longs cheveux gris nattés, aux dents jaunies par le tabac assise en tailleur sur sa couchette non loin de moi. A ma droite, des jeunes filles aux visages parfaits aussi minces qu'un cobra sont assises les genoux ramenés sous la poitrine.

Dès la sortie de Bombay, nous sommes pris dans un gigantesque embouteillage. Une grande femme bien en chair, claudicante, et dont les dents sont tâchées de rouge à force de mâcher des noix de bétel s'avance à la fenêtre du car. Je paie l'ananas coupé en morceaux dans un petit sac plastique, qu'elle me passe par le fenêtre au moment où le car redémarre.

 

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