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Voyager seule en Inde - Voyage Inde - Kérala Inde du Sud - Cap Comorin - Train à Bombay - Car Inde - Seule à Bombay - Goa - Les Backwaters du Kérala

ART. N°11. BALADE DANS LES RUES DE BOMBAY

Bombay, cette superbe cité aux sept îles. Ce joyaux en bordure de la mer Arabique, cette terre convoitée, ce cadeau de l'océan transformé en sol sous mes pieds, cette énigme du cosmopolitisme où races et religions vivent côte à côte et joue contre joue dans la paix et l'harmonie, ce diamant de la diversité, cette généreuse déesse qui étreint les pauvres, les affamés et les masses entassées.

Guidée par le bon sens, j'envisage une petite visite de Bombay à pieds. Et par où commencer ? Je choisi une ruelle au hasard et y pénètre. J'avance tranquillement en contemplant la ribambelle de ruelles perpendiculaires à la rue principale, jonchée d'un fouillis d'objets, comme si un convoi de camions a déchargé, symétriquement, sa cargaison.

Une voix crie derrière moi. Un homme se porte à ma hauteur, balançant son petit casier d'huiles et d'onguents, une serviette de toilette sur l'épaule. "Massage du crâne, massage des pieds, Mam ?"  demande-t-il. Je fais signe que non et accélère le pas pour décourager le masseur ambulant.

A côté, un barbier s'escrime, coupant avec entrain des tresses noires et huilées qui dégringolent directement sur le drap blanc.

Des étals occupant l'asphalte vendent des pièces détachées pour motos, des pichets de verre et des tabourets en bois, de tout.

A l'angle, un spécialiste exerce son activité : extraire la cire des oreilles d'un individu à l'aide d'un mince instrument d'argent, ce qui n'est pas sans provoquer quelques grimaces chez le client. Je contourne les deux hommes avec prudence. Que se passerait-il, si quelqu'un bousculait le bras de l'opérateur pendant qu'il explore le conduit ? Cette pensée me fait frissonnée. Je suis tentée de rester pour regarder, mais ce serait grossier.

Je croise des charmeurs de serpents récoltant les aumônes de dévots soucieux de donner un peu de lait aux cobras en échange de leurs bénédictions.

Au bout de la ruelle, j'aperçois une échoppe à thé. A l'écart des remous de la foule, je m'arrête au petit étal pour déguster un thé. Une jeune femme à l'opulente chevelure d'ébène, pleine de charme, me sert un petit verre dont le liquide fumant a un aspect trouble. Les feuilles de thé, presque réduite en poudre, montent à la surface puis retombent au fond du verre, selon le courant de convection. "Désolée, mais il n'est pas assez sucré pour moi", le jeune femme revient avec un bol de sucre où chacun trempent ses doigts. Je m'en verse une cuillère, remue, goûte et approuve.

Je continue mon chemin où des péripatéticiennes prennent un pause sur le trottoir. Ces femmes peintes aux saris drapés invraisemblablement bas au-dessus du ventre, en corsage plus étriqués que les bustiers, ou en robes de petites filles, tenant entre leurs doigts la cigarette de la luxure.
Des tresses de jasmin odorant leur pendent des cheveux, des bracelets tintent à leurs poignets, et le doux froissement des bracelets des chevilles s'entendent dès qu'elles bougent ; senteurs d'huiles et de parfums, extraits et essence de rose, qui les enveloppent en épais nuages érotiques.

Plus loin, il y a des cinémas, situés à un carrefour non loin de la plage. La projection d'un nouveau film met le quartier en émoi et réveille une industrie qui ne dort jamais profondément. Vendeurs de billets au marché noir et trafiquants se mettent à vrombir autour des salles, fondant en piqué sur les gens comme des nuages de moustiques.

Les spectateurs électrisés, enfoncés dans leurs fauteuils pelucheux et doux, regardant le grand écran sur lequel le héros et l'héroïne, figures géantes, dansent et chantent autour d'arbres massifs qui paraissent encore plus gigantesques.

Le public en ressort plein de respect, plus que jamais confiant dans le fait que rien ne vient arrêter le progrès et la modernisation du pays.

Je consulte ma montre : cinq heures trente, il est temps de rebrousser chemin. Je jette un rapide regard autour de moi. Ce coin de la ruelle est étrangement calme, en comparaison de l'agitation et du vacarme au milieu desquels j'ai erré depuis plus d'une heure.

Peu à peu les ruelles se vident de tout le bric-à-brac : outils, prises de courant, plaques, ampoules, dynamos, carpettes, vases, montres, appareils photo, commutateurs électriques, collections de timbres, transformateurs, aimants et autre objets non identifiés qui encombrent l'asphalte.

Le spécialiste "es" cires d'oreilles nettoie l'orifice d'un ultime client. Quand je passe devant lui, il montre à son client le long et mince instrument d'argent dont il vient de se servir : une boulette, d'un brin luisant et de la taille d'un petit pois, est perchée à l'extrémité de la curette.

L'épuisement auquel j'ai résisté jusque-là, à présent prend sa revanche. je me sens totalement vidée, sans plus une once de cette énergie qui m'a habité toute la journée. Je rentre à l'hôtel, la tête  saturée d'images hallucinantes.

 

 

 

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